Comment étudier la Bible avec rigueur : 6e partie
Six règles d'interprétation que tout responsable d'Église devrait connaître
Petite expérience : regardez 30 à 60 secondes de ces interviews du joueur de rugby australien Nick Cummins. Avez-vous la moindre idée de ce dont il parle ?
Comme vous pouvez le constater, il parle un anglais parfait, mais on a du mal à le comprendre car son accent, ses expressions idiomatiques et ses références culturelles semblent très étrangères à la plupart des gens à travers le monde. Cela illustre une vérité fondamentale concernant l’étude de la Bible : l’histoire et la culture clarifient le sens, mais elles ne le déterminent pas. Pour aller au fond des choses, le contexte est primordial ! Considérez la culture comme un condiment et le contexte comme le plat principal.
Partout dans le monde, des millions de pasteurs et de responsables d'Églises sont confrontés à des difficultés similaires lorsqu'ils étudient les Écritures : des milliers d'années, des cultures différentes et des langues anciennes les séparent du contexte biblique d'origine.
Le besoin mondial de méthodes précises d'étude de la Bible
Chaque jour, partout dans le monde, des pasteurs sans formation se tiennent devant leurs fidèles sans disposer des outils nécessaires pour interpréter correctement les Écritures. Ils n’ont peut-être pas les moyens de suivre une formation coûteuse en séminaire, mais ils ne manquent ni de passion pour la Parole de Dieu ni d’engagement envers leurs fidèles. Ce dont ils ont besoin, ce sont des principes simples et fiables pour faire le lien entre un texte ancien et son application moderne, sans tomber dans des erreurs d’interprétation.
Les six règles présentées dans cet article constituent ce cadre. Il ne s’agit pas de concepts théologiques complexes nécessitant des années d’études universitaires, mais d’outils pratiques que tout responsable d’Église motivé peut apprendre et mettre en œuvre. Que vous soyez un pasteur chevronné ou un nouveau croyant appelé à exercer des responsabilités, ces principes vous aideront à manier la Parole de Dieu avec précision et assurance.
Règle n° 1 : Évitez l'allégorisation – Interprétez littéralement
La première règle fondamentale consiste à éviter la pratique dangereuse de l'allégorisation. L'allégorisation consiste à spiritualiser le texte, c'est-à-dire à lire entre les lignes pour y trouver des sens secrets et cachés qui n'existent pas réellement dans le passage.
Tout au long de l'histoire de l'Église, des exégètes bien intentionnés sont tombés dans ce piège. Ils prennent un récit historique simple et le transforment en une allégorie complexe où chaque détail représente quelque chose de complètement différent. Le problème ? Ils créent du sens au lieu de le découvrir.
Au contraire, nous devons interpréter le texte à la lettre, en recherchant son sens littéral et ordinaire. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille ignorer les figures de style telles que les métaphores, les comparaisons ou les hyperboles. Lorsque Pierre dit « un jour est comme mille ans », il utilise une figure de style, sans pour autant attribuer une signification spirituelle au mot « jour ».
La Bible contient des allégories légitimes (très peu nombreuses), des paraboles (qui ont une signification centrale) et diverses figures de style. Mais celles-ci sont clairement signalées par le texte lui-même. Nous n'imposons pas de signification allégorique là où aucune n'est prévue.
Règle n° 2 : le contexte détermine le sens
Le contexte reste le facteur le plus important pour une interprétation correcte. Cela implique d'élargir son regard aux versets et paragraphes environnants. À mesure que vous progressez, il est utile d'élargir ce contexte à l'ensemble du chapitre, du livre, voire à toute la Bible !
Par exemple, lorsqu’ils étudiaient la prophétie de Jérémie concernant la Nouvelle Alliance, les auditeurs d’origine n’auraient pas compris toutes les implications du fait que Dieu se soit incarné et soit mort pour racheter l’humanité. Mais ils auraient saisi que Dieu promettait une nouvelle relation avec son peuple. Notre tâche consiste à comprendre à la fois le sens originel et sa révélation plus complète à travers les Écritures.
Nous ne devons jamais laisser les spéculations historiques prendre le pas sur le sens clair du texte. Trop souvent, les pasteurs passent plus de temps à prêcher sur le contexte historique que sur le texte lui-même. Si les informations contextuelles enrichissent notre compréhension, elles ne doivent jamais supplanter ce que le passage dit clairement.
Règle n° 3 : Interpréter chaque passage dans son contexte historique et culturel
Prenons 1 Corinthiens 11, 2-16, le passage consacré au voile. Le contexte culturel montre que Paul abordait le problème des femmes chrétiennes qui, lors du culte, ressemblaient à des prostituées. Dans la Corinthe antique — ville réputée tant pour ses chefs-d’œuvre artistiques que pour sa prostitution florissante —, une tête découverte était le signe d’une disponibilité sexuelle.
De nos jours, l'équivalent culturel pourrait être le fait de porter une alliance pour montrer que l'on est déjà pris(e). Le principe transcende les cultures : les croyants ne devraient pas s'habiller ni se comporter d'une manière qui laisse entendre qu'ils sont disponibles pour des avances. Mais nous ne tirons pas cette interprétation en ignorant le texte au profit de spéculations culturelles.
Règle n° 4 : Comparer les Écritures entre elles
On ne saurait trop insister sur cette règle : il faut toujours passer son interprétation au crible de l’enseignement global des Écritures. Même si un passage semble très clair, il convient de le confronter au témoignage biblique dans son ensemble. Face à des passages obscurs, il faut toujours se référer à ceux qui sont plus clairs. Si deux passages semblent contradictoires, il faut interpréter celui qui est obscur à la lumière de celui qui est clair. Ce principe nous empêche de construire des doctrines entières à partir de versets isolés, en ignorant le témoignage biblique dans son ensemble.
Voici un exemple concret : certains pourraient s'appuyer sur Actes 16, 1-3 pour affirmer que la circoncision est nécessaire pour exercer un ministère, car Paul a circoncis Timothée avant de l'emmener en voyage missionnaire. Mais lorsque l'on compare les Écritures entre elles, on constate que :
Le chapitre 15 des Actes (juste avant celui où Timothée est circoncis) rapporte la décision du Concile de Jérusalem selon laquelle la circoncision n'est pas obligatoire
Galates 2:3 nous dit que Tite n'était pas tenu de se faire circoncire
1 Corinthiens 7, 18-19 affirme explicitement que la circoncision n'a aucune importance
L'ensemble de l'épître aux Galates s'oppose aux exigences relatives à la circoncision
Les passages clairs éclairent ceux qui ne le sont pas. La décision de Paul de faire circoncire Timothée était un choix pratique visant à assurer l'efficacité de son ministère auprès des Juifs qui savaient que son père était grec, et non une exigence théologique.
Règle n° 5 : Savoir distinguer les différentes formes littéraires
Les Écritures comprennent différents genres : le récit, le discours, la poésie, la prophétie, les paraboles et les proverbes. Chacun d'entre eux nécessite des approches interprétatives différentes.
Récit et discours : ce n’est pas parce qu’un événement s’est produit dans l’histoire biblique qu’il s’agit pour autant d’un commandement à notre intention. Lorsque nous lisons le récit du recensement de David ou celui des nombreuses épouses de Salomon, il s’agit de descriptions, et non de prescriptions.
Paraboles : Cherchez le sens central, et non une signification allégorique dans chaque détail. La parabole du fils prodigue nous enseigne la joie de Dieu face à la repentance ; nous ne devrions pas attribuer une signification à chaque symbole, comme le veau gras ou la robe du père.
Proverbes : il s'agit de principes généraux pour mener une vie sage, et non de promesses qui se réalisent systématiquement dans toutes les situations.
*Pour plus d’informations sur cette règle, veuillez consulter notre article « Les formes littéraires dans les Écritures : pourquoi le genre change tout ».
Règle n° 6 : Vérifier la cohérence théologique des interprétations
Voici un principe fondamental : si c’est nouveau, c’est faux. L’Église étudie les Écritures depuis 2 000 ans. Toute interprétation véritablement nouvelle — qui n’a jamais été défendue par des chrétiens fidèles dès les débuts de l’Église — est assurément erronée. Dieu n’a pas laissé l’Église dans l’ignorance de ses attentes pendant 2 000 ans pour qu’aujourd’hui, quelqu’un « déchiffre le code ». Dieu parle pour être compris ; il est donc raisonnable de croire que les croyants qui étaient plus proches de l’époque, de la vie et du témoignage de Jésus et des apôtres auraient une interprétation plus précise des Écritures que la nôtre.
Cela ne signifie pas que votre interprétation doive se retrouver dans chaque génération, mais si vous avez découvert quelque chose qui est totalement étranger à la foi chrétienne historique, vous devriez vous montrer très méfiant vis-à-vis de vos conclusions.
Plus votre interprétation s'aligne sur l'enseignement apostolique et celui de l'Église primitive, plus vous pouvez avoir confiance en son exactitude. L'innovation dans l'interprétation de la Bible n'est pas une vertu; c'est la fidélité au texte et à la conception chrétienne historique qui l'est.
Utiliser efficacement vos outils d'étude
Votre Bible d'étude vous offre des ressources remarquables pour appliquer ces six règles avec précision :
Références croisées : ces petites lettres placées à côté des mots vous renvoient à des passages parallèles. Utilisez-les pour comparer systématiquement un passage de l’Écriture à un autre.
Concordances : À la fin de votre Bible, vous trouverez la liste de toutes les occurrences de mots-clés, ce qui vous permet de suivre l'évolution des concepts tout au long des Écritures.
Notes de texte : elles expliquent les variations entre les manuscrits et les choix de traduction, vous aidant ainsi à comprendre pourquoi certains versets peuvent présenter des différences d'une version de la Bible à l'autre.
Notes d'étude : bien qu'elles n'aient pas la même autorité que les Écritures elles-mêmes, ces notes fournissent un contexte historique et culturel rédigé par des théologiens reconnus.
Ces outils permettent à tout croyant motivé d’étudier les Écritures avec précision, qu’il ait ou non suivi une formation théologique officielle.
Éviter les erreurs d'interprétation courantes
La facilité culturelle : ne rejetez jamais les passages difficiles en vous contentant de dire « c'était juste une question de culture » sans faire l'effort nécessaire pour les expliquer. Identifiez plutôt le principe qui sous-tend cette expression culturelle et trouvez-lui des applications modernes appropriées.
La queue qui fait remuer le chien : ne laissez pas les spéculations historiques prendre le pas sur le sens clair du texte. Les informations contextuelles sont au service du texte, et non l'inverse.
Élaborer une doctrine à partir de versets pris isolément : il faut toujours examiner l'ensemble du témoignage biblique sur un sujet donné avant de tirer des conclusions théologiques.
Applications pratiques pour les responsables d'Église
En tant que pasteurs et responsables de ministère, une interprétation exacte de la Bible n’est pas seulement un exercice théorique : elle est essentielle à un enseignement fidèle et à la santé de l’Église. Lorsqu’un membre de votre assemblée prône une doctrine discutable en s’appuyant sur des versets pris hors de leur contexte, ces six règles vous fournissent un cadre pour une correction bienveillante.
Rappelez-vous le scénario que nous avons examiné : quelqu’un qui affirme que la circoncision est obligatoire pour exercer le ministère en se fondant uniquement sur Actes 16:3. En appliquant ces règles d’interprétation, nous avons découvert que cette position contredit l’enseignement clair des Écritures et méconnaît la décision pratique prise par Paul concernant Timothée. Le meilleur interprète des Écritures, c’est… les Écritures elles-mêmes !
Cette même approche s'applique à tous les défis d'interprétation auxquels vous pourriez être confrontés, qu'il s'agisse de questions relatives aux lois alimentaires, aux rôles de chacun selon le genre, aux dons spirituels ou aux prophéties concernant la fin des temps.
Rendre l'étude de la Bible accessible partout dans le monde
Ces six règles d’interprétation constituent le fondement de l’approche adoptée par le Centre de formation biblique pour pasteurs en matière de formation pastorale abordable et simplifiée. Nous sommes convaincus que chaque responsable d’église, partout dans le monde, mérite d’avoir accès à une formation pastorale accessible qui privilégie la précision plutôt que la complexité académique.
Notre approche de formation théologique à moindre coût part du constat que, partout dans le monde, la plupart des pasteurs n’ont pas accès à un enseignement théologique coûteux. C’est pourquoi nous avons mis au point des méthodes d’étude biblique ludiques que tout croyant motivé peut apprendre et mettre en pratique. Grâce à nos initiatives mondiales de formation biblique, nous constituons un vivier de responsables d’Église qui privilégie une interprétation fidèle des Écritures plutôt que des diplômes coûteux.
Que vous participiez à la formation de pasteurs défavorisés ou à la formation de pasteurs destinés à l'œuvre missionnaire, ces principes d'interprétation restent les mêmes, quelles que soient les cultures et les situations économiques. L'objectif est toujours le même : une approche fidèle de la Parole de Dieu qui honore le texte et serve l'Église universelle.
En maîtrisant ces six règles, les responsables d’Église peuvent enseigner les Écritures en toute confiance, corriger les fausses doctrines et bâtir des communautés saines, fondées sur la vérité biblique plutôt que sur des spéculations humaines. La Parole de Dieu suffit : il suffit simplement de la manier avec précision.
Cet article s'inscrit dans le cadre de l'engagement du Centre de formation biblique pour pasteurs à offrir une formation biblique accessible et de grande qualité aux responsables d'Églises du monde entier. Pour en savoir plus sur notre ministère international et nos ressources de formation, rendez-vous sur bibletraining.com.