Comment étudier la Bible avec rigueur : 4e partie
Comprendre les lois de l'observation (4e partie sur 10)
Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi deux personnes peuvent lire le même passage de la Bible et en tirer des interprétations complètement différentes, vous posez la bonne question. La réponse réside souvent dans le fait de savoir si elles ont appris à examiner attentivement les Écritures avant de se précipiter pour les interpréter.
Aujourd’hui, nous allons nous plonger dans ce que j’appelle les « L.A.W.S. » de l’observation : un cadre simple qui va révolutionner votre façon d’étudier la Parole de Dieu. L.A.W.S. est l’acronyme de «Forme littéraire,Atmosphère,Mots etStructure ». Ces quatre éléments s’articulent pour nous aider à discerner ce qui est réellement écrit sur la page avant de décider de sa signification.
Pourquoi la précision est-elle importante dans l'étude de la Bible ?
Avant d’aborder les L.A.W.S., parlons un peu de précision. La précision est-elle importante ? Absolument. Vous ne voudriez pas qu’un chirurgien se contente d’être « à peu près précis » lorsqu’il opère votre cœur, et vous ne devriez pas non plus vous contenter d’un « à peu près » lorsque vous manipulez la Parole de Dieu.
Prenons l’exemple de cette erreur dans une carte de Noël que j’ai repérée un jour juste avant l’impression : « Nous sommes très reconnaissants pour le don des Dieux de son fils. » Remarquez-vous l’apostrophe ? Ce petit signe a transformé ce qui aurait dû être « le don de Dieu » (singulier, possessif) en « le don des Dieux » (pluriel, possessif) — une erreur théologique monumentale causée par un minuscule signe de ponctuation.
Jésus lui-même a souligné ce degré de précision lorsqu’il a déclaré : « Pas un iota, pas un trait de lettre ne disparaîtra de la Loi » (Matthieu 5, 18). Même les plus petits détails ont leur importance dans les Écritures. C’est pourquoi une lecture attentive est indispensable avant de procéder à toute interprétation.
Le « L » de L.A.W.S. : la forme littéraire
Commençons par la forme littéraire. Au stade de l'observation, il suffit simplement d'identifier la forme littéraire : s'agit-il d'un récit ? D'un discours ? D'un poème ? D'une prophétie ? Cette identification revêt une importance cruciale lors de l'interprétation, car chaque forme transmet la vérité d'une manière qui lui est propre.
Approche descriptive vs approche normative
Le récitest descriptif : il nous raconte ce qui s'est passé.Le discoursest normatif : il nous dit ce qui devrait se passer ou ce qui est vrai.
Cette distinction est essentielle. Lorsque nous lisons que Noé s'est enivré et s'est déshabillé après le déluge (Genèse 9, 20-23), le récit décrit ce qui s'est passé, sans pour autant nous prescrire ce que nous devrions faire. Tout ce qui est rapporté dans les Écritures n'est pas nécessairement un commandement ou une recommandation.
Le récit révèle la vérité de manière indirecte : même après avoir été transportés dans ce qui était, en substance, un monde nouveau, les schémas de péché ont immédiatement refait surface. Noé était juste parmi les hommes de sa génération, mais il n’était pas exempt de péché. Cela nous enseigne des principes sur la nature humaine sans pour autant nous donner de recette toute faite à suivre.
Éviter les pièges courants
Ne confondez pas le récit avec le discours, ni la poésie avec le récit. De nombreuses erreurs d’interprétation surviennent lorsque l’on applique à un passage une approche littéraire inappropriée. L’éponge de Gédéon (Juges 6, 36-40) est un récit, et non un modèle nous indiquant comment nous devrions mettre Dieu à l’épreuve. Ce passage nous enseigne peut-être qu’il est légitime de demander de l’aide à Dieu lorsque nous sommes en proie au doute, mais Dieu ne nous doit pas de signes miraculeux pour confirmer sa volonté.
Le « A » de L.A.W.S. : Atmosphère
L'ambiance peut sembler subjective, mais c'est en réalité un outil d'observation essentiel. On peut la comparer au sel en cuisine : elle ne change pas la nature du plat, mais elle rehausse et amplifie les saveurs existantes.
L'ambiance s'enrichit, mais ne prend jamais le dessus
Le ton ne doit jamais déterminer le sens d’un passage, mais il peut nous aider à mieux comprendre les sentiments et les intentions de l’auteur. Lorsque Paul écrit aux Galates : « Je crains pour vous, de peur que je n’aie travaillé en vain pour vous » (Galates 4:11), le ton qui transparaît est celui d’une tendre sollicitude, et non d’une condamnation sévère.
Observer les changements émotionnels
L'atmosphère peut changer au sein d'un même passage. Remarquez ce changement dans Galates 2, 20-3, 3 :
« J'ai été crucifié avec le Christ, et ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi... » (tendre, personnel)
Puis : « Galates insensés ! Qui vous a jeté un sort ? » (ton passionné, empreint d’inquiétude et d’urgence)
Ce changement d'atmosphère nous aide à comprendre l'inquiétude grandissante de Paul à l'égard de ces croyants.
Le « W » de L.A.W.S. : les mots
Les mots sont comme les briques d'un mur : chacun a son importance, et c'est leur disposition qui détermine la solidité de l'ensemble.
Le pouvoir des petits mots
Prenons Jean 14, 6 : « Jésus lui dit : “Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.” »
Et si on remplaçait « le » par « un » dans tout ce verset ? On obtiendrait : « Je suis un chemin, une vérité, une vie. » D’un coup, Jésus devient une option parmi tant d’autres, plutôt que le chemin exclusif vers Dieu. Ce petit mot « le » apparaît trois fois et est absolument essentiel à la signification du verset. Il précise le sens et met en évidence le caractère unique de Jésus.
Mots-clés à surveiller
Lorsque vous examinez des mots, prêtez une attention particulière aux éléments suivants :
Prépositions et conjonctions: des mots comme « par conséquent », « parce que », « afin que » et « pour que » sont comme de grandes flèches rouges qui indiquent l'argument principal de l'auteur.
Mots répétés: lorsqu'un auteur utilise plusieurs fois le même mot dans un passage, il s'agit d'une mise en évidence intentionnelle. Dans le Psaume 42, le mot « Dieu » apparaît 13 fois — ce n'est pas un hasard.
Les pronoms: ceux-ci permettent de clarifier des distinctions essentielles. Dans Jean 1:1, la phrase « Au commencement, il était avec Dieu » utilise un pronom masculin qui désigne Jésus. En revanche, dans Hébreux 4:12, la phrase « La parole de Dieu est vivante et efficace » utilise un pronom neutre, indiquant qu’elle fait référence aux Écritures et non à Jésus.
Établir des définitions préliminaires
Pendant l'étude, n'hésitez pas à noter des définitions provisoires pour les mots inhabituels, même si vous les modifiez par la suite lors de l'interprétation. Par exemple, dans Hébreux 5:9, lorsqu'il est dit que Jésus « a été rendu parfait », cela ne signifie pas qu'il est passé de l'imperfection à la perfection. Le mot grec signifie « rendu complet » ou « mené à son accomplissement » : son rôle en tant que source de notre salut a été accompli à travers ses souffrances.
Le « S » de L.A.W.S. : Structure
La structure permet de comprendre comment l'auteur organise son argumentation ou son récit. Cela revêt une importance particulière pour les passages complexes.
Ignorer la division en chapitres et versets
N'oubliez pas que les numéros de chapitre et de verset sont utiles pour retrouver des passages, mais qu'ils ne font pas partie des Écritures inspirées. Ils peuvent même parfois nous induire en erreur.
Lisez Jonas 2, 10-3, 3. Si l'on considère ces passages comme des chapitres distincts, on pourrait penser qu'il s'est écoulé un long laps de temps entre le moment où Jonas a été rejeté sur la terre ferme et celui où il a de nouveau reçu la parole de Dieu. Mais en les lisant comme un récit continu, on constate qu'il ne semble y avoir aucune indication d'un écoulement de temps.
Identifier les contrastes et les comparaisons
La structure met souvent en évidence des contrastes importants. Prenons par exemple le changement radical entre Jonas 3, 10 et 4, 1-3 :
« Dieu vit qu’ils s’étaient détournés de leurs mauvaises voies. Alors Dieu renonça au malheur dont il les avait menacés et ne le fit pas. Jonas en fut profondément mécontent et entra dans une grande colère. »
Le contraste est saisissant : Dieu fait preuve de miséricorde envers les Ninivites repentants, tandis que son propre prophète s'en indigne. Cette observation d'ordre structurel met en lumière un thème central de l'ouvrage.
Observation du déroulement de l'argumentation
Dans les passages de discours, suivez attentivement le fil logique. Romains 15, 18-19 en est un bon exemple, où Paul développe un raisonnement complexe : « Je n’oserai rien dire d’autre que ce que le Christ a accompli par moi, en paroles et en actes… par la puissance de signes miraculeux, de prodiges et par la puissance de l’Esprit de Dieu. »
Résumons : Paul = rien. Jésus à travers Paul = signes miraculeux, prodiges, proclamation de l'Évangile. Cette structure met en évidence l'argument de Paul : ce n'était pas lui qui agissait, il n'était que l'instrument dont Jésus se servait.
Mettre en pratique les L.A.W.S. : Psaume 42
Appliquons ces principes au Psaume 42. Voici ce que révèle une analyse attentive à l'aide de la méthode L.A.W.S. :
Forme littéraire: poésie (utilise des figures de style telles que « comme un cerf qui a soif »)
Mots:
Le mot « Dieu » apparaît 13 fois
« Souviens-toi » est répété plusieurs fois
Imagerie aquatique omniprésente : ruisseaux, larmes, cascades, vagues déferlantes, vagues déferlantes
Refrain répété aux versets 5 et 11
Structure: format de questions-réponses dans lequel le psalmiste se parle à lui-même, passant du désespoir à l'espoir, puis à la détermination
Ambiance: une profonde dépression laissant place à une foi inébranlable ; le psalmiste se sent éloigné de Dieu, mais choisit malgré tout de lui faire confiance
Ces observations mènent à une conclusion interprétative claire : même si les croyants peuvent souffrir de dépression et se sentir éloignés de Dieu, Dieu reste fidèle à son alliance et mérite d’être loué.
La mise en pratique se formule ainsi : en tant que disciple avisé, je répondrai à mes émotions par des vérités sur la fidélité de Dieu.
Conclusion : jeter les bases d'une interprétation précise
Les principes d'observation L.A.W.S. constituent une base solide pour une interprétation précise de la Bible. En observant attentivement la forme littéraire, l'atmosphère, les mots et la structure, nous risquons beaucoup moins d'imposer nos propres idées aux Écritures et avons beaucoup plus de chances de découvrir ce que Dieu a réellement voulu communiquer.
N’oubliez pas : l’observation précède l’interprétation, et l’interprétation précède l’application. Si nous négligeons une observation attentive, nous construisons notre vie spirituelle sur des bases fragiles. Mais lorsque nous prenons le temps de voir ce qui est réellement écrit sur la page — en utilisant le cadre L.A.W.S. —, nous nous mettons en mesure d’entendre clairement la voix de Dieu à travers sa Parole.
Dans notre prochain article, nous aborderons le premier principe fondamental de l'interprétation : interpréter littéralement, et non de manière allégorique. D'ici là, entraînez-vous à appliquer la méthode L.A.W.S. à votre lecture quotidienne de la Bible. Vous serez étonné de ce que vous découvrirez en prenant le temps d'observer véritablement les Écritures.
Cet article s'inscrit dans le cadre de l'engagement pris par le BTCP de proposer une formation biblique accessible à l'échelle mondiale, visant à doter les pasteurs et les responsables d'Églises du monde entier des compétences pratiques nécessaires à une étude et un enseignement fidèles de la Bible.
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