Comment étudier la Bible avec rigueur : 3e partie
Comment poser les bonnes questions lors de la lecture des Écritures
« Ce sont des outils qui fonctionnent à coup sûr chaque fois que nous nous penchons sur les Écritures. »
Vous est-il déjà arrivé de lire un passage de la Bible sans vraiment comprendre ce qu’il signifiait ? Ou peut-être avez-vous entendu quelqu’un citer un verset qui semblait étayer son argument, mais dont l’interprétation vous semblait un peu bancale ? La solution ne réside pas dans une formation théologique plus approfondie ni dans l’étude avancée du grec et de l’hébreu, mais dans le fait d’apprendre à poser les bonnes questions.
Dans cette troisième partie de notre série d'études bibliques, nous allons explorer six questions fondamentales qui constituent des outils infaillibles pour une interprétation fidèle de la Bible. Ces questions — Qui, Quoi, Quand, Où, Pourquoi et Comment — transformeront votre approche des Écritures et vous aideront à découvrir ce que Dieu a réellement dit, et non ce que vous aimeriez qu’Il ait dit.
Les fondements : l'observation avant l'interprétation
Avant d’aborder nos six questions, il est important de bien comprendre la distinction fondamentale entre observation et interprétation. Prenons l’exemple d’un médecin qui examine un patient. Il commence par recueillir des données (observation) : « Votre bras est enflé, on voit une fracture sur la radiographie. » Il interprète ensuite ces données : « Vous avez une fracture. » Enfin, il met en œuvre son interprétation : « Il faut vous poser un plâtre. »
Le même processus s'applique à l'étude de la Bible. Nous observons ce que le texte dit explicitement, nous en interprétons le sens, puis nous l'appliquons à notre vie. Plus nous parviendrons à distinguer clairement l'observation de l'interprétation, plus notre compréhension sera claire.
Les six questions essentielles
1. QUI parle-t-il ou de qui parle-t-on ?
Cette simple question permet d'éviter d'innombrables erreurs d'interprétation. Prenons l'exemple de Luc 4, 7, qui dit :
« Si donc tu m'adores, tout cela sera à toi. »
Pris isolément, cela pourrait ressembler à une promesse de Dieu concernant les bienfaits du culte. Mais lorsque l’on se demande « Qui parle ? », on découvre qu’il s’agit de Satan qui tente Jésus — ce qui change complètement le sens de la phrase.
Ou encore, prenons ce verset tant apprécié Jérémie 29, 11:
« Car je connais les projets que j’ai formés pour vous, déclare le Seigneur, des projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et une espérance. »
C'est tout à fait vrai en ce qui concerne la nature de Dieu, mais lorsque l'on examine à qui s'adresse ce message, on constate qu'il s'adressait spécifiquement aux Israélites en exil, et non directement aux croyants d'aujourd'hui. Cela n'enlève rien à la vérité ; au contraire, cela la renforce en mettant en évidence la fidélité de Dieu à travers l'histoire.
La question « qui ? » nous aide également à déterminer si nous lisons les paroles d’un narrateur, d’un personnage vertueux ou d’une personne dont nous ne devrions pas suivre l’exemple. Dans les Actes, lorsque nous lisons que Paul a circoncis Timothée juste après que le Concile de Jérusalem eut déclaré la circoncision superflue, la question « qui ? » nous aide à comprendre la stratégie missionnaire de Paul plutôt que d’y voir une contradiction.
2. QUEL est le sujet ou le thème abordé ?
Cette question nous oblige à tenir compte du contexte. Que se passe-t-il avant et après ce passage ? Quel est le sujet principal abordé ?
Lire Philippiens 4, 13:
« Je peux tout par celui qui me fortifie. »
Souvent citée comme un verset motivant sur le potentiel illimité, la question « quoi » révèle que Paul aborde spécifiquement le thème du contentement, tant dans l'abondance que dans le besoin. Il ne s'agit pas ici de réaliser ses rêves ou de remporter des victoires, mais de trouver la force d'être satisfait quelles que soient les circonstances.
De même, Matthieu 18, 20 (« Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ») est souvent cité pour encourager la participation aux petits groupes. Mais lorsque l’on se demande « Quel est le sujet abordé ? », on découvre que Jésus enseigne ici la discipline ecclésiale et la résolution des conflits. Ce passage promet la présence de Dieu précisément dans la tâche difficile qui consiste à se rendre mutuellement des comptes dans l’amour.
La question « quoi » nous empêche également de sortir les versets de leur contexte. De nombreux « versets de vie » populaires prennent tout leur sens lorsque l'on comprend leur contexte d'origine et leur sujet.
3. QUAND l'activité ou la discussion a-t-elle lieu ?
Le timing revêt une importance capitale dans les Écritures. La question du « quand » nous aide à comprendre le contexte historique et la chronologie des événements.
Réfléchissons à Jean 8, 58, où Jésus déclare : « Avant qu’Abraham fût, je suis. » La question du « quand » révèle ici l’éternité de Jésus : il existait avant son incarnation terrestre, en fait avant Abraham qui vécut environ 2 000 ans plus tôt. Jésus ne dit pas « Avant qu’Abraham fût, j’étais », mais utilise le présent « je suis », indiquant ainsi son existence éternelle hors du temps.
De même, dans Matthieu 22, 23-33, Jésus corrige les sadducéens au sujet de la résurrection en faisant référence aux paroles que Dieu a adressées à Moïse devant le buisson ardent : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Il est essentiel ici de prêter attention au « quand » : Moïse a reçu cette révélation des siècles après la mort d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Pourtant, Dieu n’a pas dit « J’étais leur Dieu », mais « Je suis leur Dieu », en utilisant le présent. Comprendre le décalage temporel entre la mort de ces patriarches et la rencontre de Moïse nous aide à saisir le raisonnement de Jésus : Dieu parle des patriarches décédés au présent parce qu’ils sont toujours vivants à ses yeux, ce qui prouve la réalité de la résurrection.
De même, le fait de comprendre à quelle époque le livre des Lamentations a été écrit — pendant la destruction de Jérusalem et l’exil — transforme notre lecture de « Grande est ta fidélité » : ce qui n’était qu’une simple prière matinale paisible devient alors une profonde déclaration d’espoir au cœur d’une catastrophe.
4. OÙ se déroule l'activité ou la discussion ?
La géographie et la localisation fournissent des indices d'interprétation essentiels. Dans Actes 16, 6-15, l’observation des « lieux » révèle le caractère extraordinaire du voyage missionnaire de Paul. Lorsqu’ils se virent empêchés d’entrer en Asie et en Bithynie, Paul et ses compagnons parcoururent à pied une distance considérable le long de la frontière entre ces régions — peut-être des semaines de voyage sans aucun fruit missionnaire attesté — jusqu’à ce qu’ils reçoivent la vision de Macédoine.
Cette observation géographique permet de tirer des enseignements profonds sur la manière de suivre la volonté de Dieu, même pendant les longues périodes qui semblent infructueuses. Les cartes figurant dans les Bibles d'étude constituent des outils précieux pour ce type d'observation.
5. POURQUOI cette activité ou cette discussion a-t-elle lieu ?
La question « pourquoi » revêt une importance particulière, car elle nous fait souvent passer de l'observation à l'interprétation. Lorsque le texte énonce explicitement la raison d'un phénomène, nous pouvons l'observer directement. Dans le cas contraire, nous devons veiller à ne pas faire de suppositions.
Dans Juges 7, 2-4, Dieu explique explicitement à Gédéon pourquoi Il réduit l’armée de 32 000 à 300 hommes : « Le peuple qui est avec toi est trop nombreux pour que je livre les Madianites entre leurs mains, de peur qu’Israël ne se vante à mon égard en disant : “C’est ma propre main qui m’a sauvé.” » Cette explication explicite nous empêche d’appliquer à tort ce passage à la stratégie militaire moderne ou de l’utiliser pour justifier de dispenser des soldats craintifs de leurs obligations dans d’autres contextes.
Parfois, le « pourquoi » nécessite une interprétation. Dans Exode 4, 24-26, on lit que Dieu a cherché à tuer Moïse, mais le passage n'en précise pas explicitement la raison. Cela devient alors une question d'interprétation, bien que les notes d'étude suggèrent que cela soit lié au fait que Moïse n'ait pas circoncis son fils — une violation de l'alliance abrahamique.
6. COMMENT réagissent les personnes concernées ?
La question « comment » met en lumière les motivations, les émotions et la portée des événements à travers les réactions des personnes. Dans Jean 8:58, lorsque Jésus dit : « Avant qu’Abraham fût, je suis », on pourrait passer à côté de la profondeur de ce qu’il affirme. Mais en observant la manière dont les Juifs ont réagi — en ramassant des pierres pour le tuer —, on constate qu’ils ont compris que Jésus revendiquait le nom divin révélé à Moïse dans le buisson ardent. Leur réaction, qui a consisté à tenter de le lapider pour blasphème, confirme l’ampleur de la déclaration de Jésus.
De même, dans le livre de Jonas, l'observation de la manière dont les marins païens réagissent tout au long de la tempête — passant de l'invocation de divers dieux à celle, spécifique, de Yahweh, puis à l'offrande de sacrifices en son honneur — laisse entrevoir leur conversion sincère.
Application pratique : mettre tout cela en pratique
Voyons comment ces questions s'appliquent concrètement avec Jonas 1, 1-6:
Qui: Yahvé (à noter le nom spécifique donné dans l’alliance), Jonas, Amittaï, les habitants de Ninive, des marins païens
Quoi: l'ordre de Dieu d'annoncer le jugement ; la désobéissance de Jonas ; la réaction de Dieu
Quand: pendant la période du royaume divisé, avant la destruction d'Israël par l'Assyrie
Où: D’Israël à Ninive (la direction indiquée par Dieu) contre Tarsis (le choix de Jonas) — des directions opposées
Pourquoi: Parce que la méchanceté de Ninive « est parvenue jusqu’à » Dieu
Comment: Dieu ordonne : « Lève-toi » ; Jonas répond en « descendant » à plusieurs reprises ; Dieu « déclenche » une tempête ; les marins réagissent par la peur et la prière
Même cette brève analyse met en évidence des structures et des contrastes riches qui nous permettent de mieux comprendre le texte.
Conclusion : la vérité vaut mieux qu'un passage biblique cité hors contexte
Lorsque nous prenons le temps d'observer attentivement à la lumière de ces six questions, nous constatons systématiquement que la vérité des Écritures est plus riche et plus pertinente que n'importe quel verset isolé que nous pourrions en extraire. Chaque passage tire profit de cette attention minutieuse portée aux détails.
Le but n'est pas de compliquer l'étude de la Bible, mais de la rendre plus précise. Avec la pratique, ces questions deviendront un réflexe, et ce qui vous prend aujourd'hui une demi-heure ne vous prendra plus que quelques minutes par la suite. Mais surtout, elles jettent les bases d'une étude de la Bible qui, tout au long de votre vie, sera source de confiance et de joie.
N'oubliez pas : on ne se tourne pas vers les Écritures pour y trouver ce qu'on souhaite y trouver. On s'y plonge pour découvrir ce qui s'y trouve réellement. Et quand on y parvient, on constate systématiquement que c'est encore mieux que ce qu'on cherchait.
Cet article s'inscrit dans le cadre de l'engagement de BTCP à proposer une formation biblique accessible et de grande qualité aux responsables d'Églises du monde entier. Nos méthodes ludiques d'étude de la Bible et notre formation pastorale pratique axée sur la mission visent à développer des compétences essentielles qui transcendent les barrières culturelles et économiques.
Construire une mission mondiale grâce à une étude approfondie de la Bible
Ces six questions ne sont pas de simples exercices théoriques : ce sont des outils pratiques qui s'appliquent dans toutes les cultures et tous les contextes. Que vous animiez un petit groupe dans une banlieue américaine ou que vous formiez des pasteurs dans une région rurale du Kenya, ces questions constituent un cadre fiable pour une interprétation fidèle de la Bible.
Au Centre de formation biblique pour pasteurs (BTCP), nous avons constaté qu’une formation pastorale efficace ne nécessite pas forcément de séminaires coûteux ni des années d’études formelles. Notre modèle de formation pastorale économique met l’accent sur ces compétences fondamentales que tout responsable peut acquérir. Grâce à des partenariats avec des organisations du monde entier, nous proposons une formation pastorale abordable qui garantit un haut niveau de qualité grâce à une méthodologie rigoureuse plutôt qu’à des infrastructures coûteuses.
Cette approche s'est révélée inestimable pour les initiatives mondiales de formation biblique, en particulier lorsqu'il s'agit de former des pasteurs défavorisés qui n'ont pas accès à un enseignement théologique traditionnel. En enseignant ces techniques d'observation simples mais efficaces, nous parvenons à constituer un solide vivier de responsables d'Église, capable de former des responsables pastoraux sûrs d'eux et compétents.